Introduction à l'économie

...et aux idées pour la comprendre

Ce site est le support à l'enseignement dispensé en L1 Économie à l'Université de Paris (Diderot) par Christophe DARMANGEAT. Il ne remplace en aucune manière le cours lui-même, ni la lecture attentive de certains ouvrages, dont ceux conseillés en bibliographie. Selon la formule consacrée, les propos qui y figurent n'engagent que la responsabilité de leur auteur.

Conseils pédagogiques
1. L'enseignement
1.1 Déroulement du cours
Le cours se déroule au premier semestre, sur douze semaines effectives. Il se compose, chaque semaine :
La présence à ces différentes séances n'est pas obligatoire ; cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas fortement conseillée, tant pour votre culture personnelle que pour la réussite aux évaluations. Étant donné le nombre de participants (enthousiastes) aux amphis, l'interaction avec les étudiants est forcément réduite, et le cours prend le plus souvent la forme d'un exposé dit « magistral », selon la formule consacrée. Je m'engage toutefois à répondre à toutes les questions dans la mesure du possible durant les séances, et en-dehors de celle-ci s'il le faut. Je répondrai également à tout mail qui me sera adressé. En aucun cas, vous ne devez rester avec le sentiment d'avoir reçu des explications insuffisantes ou obscures. Vous n'avez pas compris, même en vous creusant la tête ? Demandez-moi de vous réexpliquer, je suis là pour ça.
Trois bons conseils pour profiter pleinement de cet excellent – et passionnant – enseignement :
1.2 L'évaluation
Ahlàlàlà, évidemment, on ne peut pas parler d'un cours à l'Université sans en venir aux choses qui font de la peine : les notes. Loin de moi l'idée que les notes n'ont pas d'importance, mais je rappelle à toutes fins utiles que, normalement, le but principal de votre présence n'est pas de recevoir des notes, mais d'apprendre (et de comprendre) des choses... Moi, je dis ça, je dis rien.
Toujours est-il que votre évaluation comportera trois épreuves :
2. La technique de la dissertation
2.1 Une dissertation est une discussion
Disserter sur une question, c'est mener une discussion pertinente, organisée et argumentée sur cette question.
Votre dissertation doit donc vous permettre de montrer que vous savez comprendre un problème et mobiliser les connaissances nécessaires pour y répondre. Comprendre un problème, c'est tout à la fois :
Mobiliser les connaissances nécessaires suppose :
Tout cela peut apparaître comme une enfilade de banalités, et je dois le reconnaître, rien de ce qui précède ne déborde d'originalité. Alors, quitte à ajouter une évidence à cette série déjà longue, j'insisterai également sur le fait que la première qualité d'une dissertation est d'être rédigée dans une langue correcte.
On voit beaucoup trop de copies où la maîtrise de la langue française est défaillante : incorrections grammaticales, fautes d'orthographe, barbarismes, mots employés à contresens, etc. Tout cela constitue un premier handicap... souvent fatal. Les tournures incorrectes n'empêchent pas seulement le correcteur de vous comprendre, ou de comprendre ce que vous avez voulu dire ; elles vous empêchent également d'être rigoureux et précis dans vos raisonnements et dans votre compréhension des raisonnements des autres. Entendons-nous bien : personne ne vous demande d'écrire comme Stendhal ou Proust. La dissertation n'est pas un exercice de beau style. Mais la correction de la langue, le choix des mots et de la syntaxe justes sont considérés comme un préalable, sans lequel il est impossible de juger de la qualité des connaissances et de la réflexion.
Dans une conversation courante, on peut parfois employer un mot pour un autre. S'ils sont voisins, cela ne prête que rarement à conséquence. Mais en sciences – fut-ce en sciences économiques – toute imprécision, toute négligence, peut rendre un énoncé faux ou absurde. Si je dis « le profit baisse », par exemple, c'est une idée très différente que de dire « le taux de profit baisse ». Et c'est encore tout autre chose lorsque j'affirme que « le taux de profit augmente moins vite ». Dans un raisonnement, employer une de ces expressions à la place de l'autre, c'est être certain de proférer une énormité, et de transformer une vérité en erreur, ou en proposition absurde. Ainsi, il est impossible d'être rigoureux dans ses idées quand on n'est pas rigoureux sur la manière de les formuler. Et en économie, la frontière entre une formulation imprécise et une formulation franchement fausse est très rapidement franchie.
Je ne m'étends pas davantage sur ce thème, mais j'espère vous en avoir fait comprendre son importance. Revenons-en donc à nos moutons.
2.2 La problématique et l'introduction
La compréhension du sujet, dont je parlais tout à l'heure, passe par ce qu'on appelle traditionnellement l'analyse de la problématique. Cette fameuse problématique, c'est la question qui se cache (peut-être) derrière celle qui vous a été posée, et qui permet d'y répondre.
On tombe parfois sur des sujets où la problématique est transparente, dans la mesure où la formulation de départ ne cache aucune autre question que celle qu'elle pose. Mais parfois, il y a un vrai travail de reformulation à effectuer pour en arriver au vrai problème. Prenons deux exemples.
Sujet n°1 : un des sujets des années passées était : « L'intervention économique de l'État est-elle nécessaire ? » Toute personne ayant un minimum de connaissances en économie reconnaît immédiatement là un débat séculaire, qui a impliqué tous les courants de pensée sans exception. Il s'agit de celui qui a opposé les partisans d'une telle intervention à ses adversaires, ces derniers étant convaincus de la capacité des marchés à se réguler eux-mêmes. Ici, la problématique est inscrite dans le sujet de manière transparente : qu'on prenne le problème par un bout (l'intervention de l'État est nécessaire, ou elle ne l'est pas) ou qu'on le prenne par l'autre (les marchés ne sont pas capables de se réguler seuls, ou ils le sont), il s'agit bien évidemment de la même question. Voilà donc un sujet où l'analyse de la problématique ne pose guère de difficultés, et où elle peut être rapidement menée.
Sujet n°2 : imaginons à présent une question telle que « Que pensez-vous de la citation suivante de Joseph Stiglitz : 'Si la main invisible est si souvent invisible, c'est parce que la plupart du temps, elle n'est pas là' ». Ici, la problématique est moins immédiate. Pour commencer, il faut déterminer ce qu'est cette « main invisible ». On peut (et on doit) aussi chercher qui est Joseph Stiglitz. Ceci nous amène au fait que la « main invisible » est une des plus célèbres métaphores de l'histoire économique ; elle a été employée par Adam Smith pour illustrer la capacité des marchés à se réguler, comme s'il existait une volonté consciente qui mettait de l'ordre dans un système (le marché) où ne s'exerce pourtant aucune autorité sur les agents économiques. La boutade de Stiglitz sous-entend donc que cette capacité d'auto-régulation des marchés est beaucoup moins réelle que les partisans de Smith (les libéraux) ne le pensent. Cela n'étonnera personne, lorsqu'on saura que Stiglitz est connu pour ses opinions keynésiennes. En fait, ce sujet revient donc à savoir si les marchés sont capables ou non de s'auto-réguler... ce qui veut dire que derrière une formulation très différente, la problématique est exactement la même que celle du sujet n°1... Mais là, incontestablement, la question de départ appelait davantage d'éclaircissements avant de pouvoir être traitée convenablement.
L'analyse de la problématique doit s'effectuer dans l'introduction, qui doit tout à la fois :
Une difficulté traditionnelle de l'introduction est la phrase d'accroche. Bien souvent, en panne d'inspiration, on est tenté d'aller chercher une fausse évidence éternelle, sur le mode du trop connu : « de tous temps, les hommes se sont interrogés sur la place de l'État dans l'économie...» J'exagère à peine. En réalité, une introduction est d'autant plus réussie qu'elle part d'un problème précis, et si possible actuel. On tentera donc au maximum d'accrocher le sujet à un fait, à un débat ou à une déclaration récente, qui mettra la suite de la dissertation en valeur, en montrant que des discussions vieilles de cent ou deux cents ans sont parfois bien utiles pour éclairer les enjeux contemporains. Cela dit, l'expérience montre qu'une bonne abstention vaut mieux qu'une mauvaise idée, et que faute d'une accroche évidente et en tout cas pertinente, mieux vaut attaquer le sujet bille en tête qu'aller chercher une mise en bouche capillotractée.
Pour terminer, une astuce technique : beaucoup de gens n'hésitent pas à réfléchir dès le départ à la problématique et au plan (c'est hautement préférable !) mais ne rédigent l'introduction qu'en dernier, après avoir terminé le développement et la conclusion. Cette manière de procéder a des avantages ; ne serait-ce que celui de savoir avec certitude où on doit mettre les pieds, et par exemple d'annoncer un plan dont on est certain qu'il sera le bon. Bien que ce ne soit pas recommandé, il arrive qu'on change de plan dans l'urgence, en cours de route. Dans ce cas, écrire l'introduction en dernier permet d'éviter d'avoir à la refaire au dernier moment.
2.3 Le développement
Une fois la problématique cernée, il faut la traiter. On attend de vous que vous soyez capables de mobiliser l'ensemble des connaissances nécessaires, de les restituer convenablement et de les organiser de manière construite. Cela veut donc dire que sans les conaissances du cours, vous ne pouvez même pas espérer faire illusion : la dissertation a entre autres pour but de vérifier que ces connaissances sont acquises, et on attend que vous en fassiez la démonstration.
Mais il est essentiel de comprendre qu'une dissertation n'est pas un simple catalogue d'extraits du cours : elle doit constituer un véritable raisonnement. Soyons clairs : personne ne vous demande de présenter un raisonnement original, en émettant des idées novatrices. Si vous parvenez à exposer correctement les idées des autres, ce ne sera déjà pas si mal (et pour tout dire, cela peut même être excellent). Cela ne veut pas dire que vous n'avez pas le droit d'avoir un point de vue, ni de le faire valoir. Simplement, ce point de vue – restons modestes – doit rendre à César ce qui est à César, et vos idées personnelles à ceux qui les ont formulées les premiers et qui vous ont ainsi permis de les avoir.
Votre point de vue apparaîtra donc dans la manière d'ordonner la présentation des différentes thèses, et de donner le dernier mot à l'une plutôt qu'à l'autre. On ne vous pénalisera jamais - en principe - pour avoir donné raison à tel courant de pensée plutôt que tel autre. En revanche, quelles que soient vos opinions, vous devez absolument présenter fidèlement tous les raisonnements (même ceux avec lesquels vous n'êtes pas d'accord), et ne réfuter un raisonnement que par un autre raisonnement (s'appuyant au besoin sur des exemples).
Du point de vue des connaissances à mobiliser, il s'agit d'éviter deux écueils symétriques :
Une question traditionnelle consiste à se demander de combien de parties le plan doit-il être formé. La réponse classique est catégorique : deux ou trois.
Moins, ce serait une seule partie. Et lorsqu'il n'y a qu'un seul point de vue, ce n'est plus une discussion ! Il faut donc que vous présentiez, sur un même sujet, au moins deux points de vue. S'ils ne sont pas forcément opposés, ils sont au moins complémentaires. Et pour cela, il faut au moins deux parties.
Passons au travers inverse, un devoir qui comporterait quatre parties ou plus. Là, votre devoir se disperserait – d'autant que le but est rarement d'écrire des dizaines de pages. Ce qui est donc recommandé pour un mémoire ou un livre n'est pas une bonne idée pour un devoir de quelques pages.
Nous savons donc que le devoir doit s'articuler en deux ou trois parties. Certes, mais lesquelles ? On peut adopter les structures de plans classiques (pour ne pas dire bateau) : en deux parties, ce sera : « Oui, Non », ou « Oui, Mais ». En trois parties, le fameux « Thèse, antithèse, synthèse ». Néanmoins, on peut aussi opter pour un plan chronologique, ou pour un plan thématique (chacune des parties traitant un aspect différent du sujet).
J'ai tendance à recommander des plans qui favorisent l'argumentation, et qui empêchent le développement de tourner au catalogue. C'est-à-dire d'éviter dans la mesure du possible un plan où chaque partie représente un courant de pensée, pour préférer au contraire un plan thématique, où chacune des différentes parties permettra d'aborder les points de vue de différents courants.
Une fois la problématique clairement cernée, une bonne stratégie pour construire le plan peut être :
Cette méthode n'est certainement pas une panacée, mais appliquée consciencieusement, elle évite la plupart des erreurs les plus grossières de la construction des plans.
2.4 La conclusion
Si les étapes précédentes ont été correctement menées à bien, la conclusion est la partie la plus facile de la dissertation. Son rôle est de :
C'est surtout ce dernier point qui peut poser problème – il constitue en quelque sorte la réplique inversée de la première phrase de l'introduction. Rien ne sert de se torturer pour imaginer à grand peine ce que vous devez dire ; si vous avez correctement traité le sujet, vous devriez sans trop de difficulté voir comment terminer, quelles sont les questions plus larges que soulève la problématique et que vous n'avez pas pu traiter. Là encore, faute d'idées, plutôt qu'écrire une phrase bateau ou qui tombera comme un cheveu dans la soupe, préférez ne rien mettre.